Immobilier genevois: la commission de l'économie vote pour l'opacité

26 août 2026

Au Grand Conseil de Genève, la commission de l’économie chargée d’étudier le projet de loi visant à réduire la transparence immobilière vient de rendre son rapport. Résultat: des votes majoritairement favorables aux demandes des négociants de matières premières, relayées par le PLR et le MCG, qui demandaient à ne plus publier plus le montant et les noms des personnes sur le site internet de la FAO lors des transactions immobilières (lire notre article). Tout est parti de "l'inquiétude" de la maison de négoce Trafigura, relayée par Florence Schurch, la secrétaire générale de Suissenégoce, la faîtière des sociétés actives dans le secteur.

En cause: "la parution d’articles de presse relayant d’importantes transactions immobilières, informations que des journalistes avaient trouvées dans la FAO, ce qui a généré une forte anxiété au sein de la société". Un des directeurs de la maison de négoce aurait été cambriolé quelques semaines après la publication dans la FAO de l'achat de sa maison. En décembre dernier, suite au violent home-jacking de Choulex, très médiatisé dans la presse, "cet événement a provoqué une forte panique, notamment parmi les épouses [des traders], certaines craignant d’être suivies en rentrant chez elles et préférant ne plus sortir de leur domicile". Le problème, c'est que les auditions menées par la commission, notamment des services de police genevois et du procureur général Olivier Jornot, n’ont pas permis d’établir de lien entre les publications de la FAO et les récents phénomènes de home-jackings qui inquiètent la place financière. 

Interrogé, Olivier Jornot s'est dit favorable à la transparence actuelle de la FAO, qui "permet d’éviter que des acquisitions immobilières de grande ampleur soient réalisées de manière totalement discrète". Par ailleurs, "Genève présente une attractivité particulière pour des personnes disposant de fortunes importantes, ce qui la distingue d’autres cantons. (...) Cette spécificité implique un besoin accru de transparence". 

Il a également rappelé le rôle des journalistes, qui, de par leur travail d'analyse des transactions immobilières, "peuvent mettre en lumière des opérations atypiques. (...) De telles enquêtes peuvent, le cas échéant, servir de point de départ à l’ouverture de procédures pénales". Les procureurs, de leur côté, "n’examinent pas systématiquement les publications de la FAO dans le but d’ouvrir des procédures, notamment en raison du manque de temps".

Il a également regretté à demi-mot que "les communications effectuées par les banques et transmises par le MROS concernent souvent des montants relativement modestes. (...) Certaines situations sont révélées par des publications de presse, mettant en lumière des personnes pour lesquelles des établissements bancaires signalent ensuite leur implication, alors même qu’aucune communication préalable n’avait été effectuée". 

La police genevoise s'est également dite défavorable a projet de loi. "Du point de vue de la lutte contre la criminalité financière, toute limitation de la transparence est susceptible d’ouvrir des opportunités d’abus et de favoriser des risques de blanchiment d’argent".

Mais voilà: ces arguments de lutte anti-blanchiment ont rapidement été balayés par les milieux économiques. Le député Sébastien Desfayes, qui a porté ce projet de loi, a notamment expliqué que "de l’eau a coulé sous les ponts (...) dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent. En effet, il est désormais difficile d’imaginer qu’une personne souhaitant blanchir des fonds choisisse de le faire à Genève par le biais d’une transaction immobilière. (...) La Suisse est devenue l’un des pays les plus stricts (...) en matière de lutte contre le blanchiment d’argent dans le secteur bancaire". Il a par ailleurs estimé que "la transparence nécessaire à la lutte contre le blanchiment ne dépend pas de la publication dans la FAO" - et donc du travail des journalistes - "mais du travail efficace des notaires et des autres professionnels impliqués".

À partir de juillet 2026, les notaires seront en effet affiliés à un organisme d’autorégulation et devront procéder à des vérifications complémentaires afin d’assurer la provenance des fonds et d’identifier l’ayant droit économique derrière chaque transaction. Ce nouveau système sera-t-il efficace pour lutter contre le blanchiment dans l'immobilier genevois? Pas si sûr, au vu de l'audition de Karim Messali, ancien président de la Chambre des notaires. "La discrétion constitue une valeur importante en Suisse, pays réputé pour son respect de la vie privée", a-t-il affirmé. Les notaires genevois posent-ils des questions à leurs clients au sujet des raisons sous-tendant une vente ou un achat immobilier? Réponse: "Les notaires n’entrent pas dans cette sphère privée et ne posent pas ce type de questions".

Fait étonnant: le groupe UDC a défendu la transparence actuelle de la FAO, au grand dam du PLR qui a "peiné à comprendre la position [du parti], pour qui la sécurité constitue pourtant l’un des fonds de commerce". L'UDC a estimé que "sur un sujet aussi délicat que l’immobilier à Genève, cacher certaines réalités du marché immobilier sous un voile de discrétion est malvenu".

Le vote final est prévu pour les prochains mois.