"C'était tout tagué, alors j'ai jeté"
28 octobre 2026
Voilà comment un employé de la Banque Raiffeisen Région Genève Rhône aurait justifié le sort d'une centaine de toiles exposées dans les locaux genevois de l'établissement. Leur auteur, le graffeur Philippe Baro, les estimait à plus de 420'000 francs et réclamait des poursuites pénales contre la banque. Peine perdue: la Chambre pénale de recours de Genève vient de confirmer que l'affaire ne relève pas du pénal.
En décembre 2021, Philippe Baro accroche dans la banque une centaine de toiles héritées de son grand-père, le peintre Raymond Baro, qu'il a "réinterprétées et rehaussées en street-art" à la bombe. L'exposition est montée avec un ami, chef de projet événementiel de la banque, et validée lors d'un "brainstorming en présence de collaborateurs de la banque dont la direction". Aucun contrat n'est signé. Les tableaux sont vissés aux murs, que l'artiste a tagués eux aussi.
Bouchons sur le pont
En 2024, l'ami est licencié. Les deux hommes prévoient de venir décrocher les œuvres à l'automne, puis y renoncent: il y a trop de trafic sur le pont du Mont-Blanc. Ils ne reviennent qu'un an plus tard. Entre-temps, la direction a fait vider la salle pour y installer l'équipe commerciale. Dévissées, certaines toiles trouées ou fendues au passage, les œuvres ont fini à la benne. Une dizaine ont été sauvées par une collaboratrice adepte du recyclage. Elles attendent toujours leur propriétaire, qui n'est pas venu les chercher.
Le graffeur porte plainte pour abus de confiance, dommages à la propriété et gestion déloyale. Il reproche ensuite au Ministère public de Genève sa lenteur, un grief que la Chambre pénale de recours rejette le 7 août. Le procureur Marco Rossier tranche finalement: il n'entre pas en matière.
"Aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire"
Dans un arrêt du 18 septembre, la Cour lui donne raison. La banque n'a cherché ni à s'enrichir ni à s'approprier les toiles, et les dégâts relèvent tout au plus de la négligence, que le Code pénal ne punit pas en matière de dommages à la propriété. Philippe Baro était défendu par Olivier Ferraz.
Contacté, l'avocat explique avoir déposé un recours auprès du Tribunal fédéral. "Ce qui interpelle mon client, poursuit-il, c'est que des œuvres lui appartenant ont disparu après avoir été exposées dans les locaux d'une banque, certaines ayant été jetées et d'autres conservées par des collaborateurs, sans qu'une instruction pénale ait permis d'établir précisément les circonstances de ces faits et les éventuelles responsabilités. Il ne demande rien d'autre que leur élucidation par les autorités compétentes".
La justice vaudoise, elle, prend ses tags plus au sérieux. Elle vient de condamner Philippe Baro à 12 mois de prison avec sursis pour une vingtaine de graffitis dans l'espace public, rapporte 24 heures. Parmi eux, sur un mur de l'autoroute A9, une phrase du conseiller fédéral Alain Berset: "Aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire". Une devise que l'artiste semble avoir appliquée au décrochage de ses toiles. Il se dit innocent et a fait appel.